Cybersécurité & stratégie IT | Juin 2026 | Par Yvan Huque, CEO Uniwan
Le 12 juin 2026, un événement important a rappelé une réalité souvent sous-estimée : les outils numériques que nous utilisons au quotidien ne dépendent pas uniquement de leur performance technique ou de leur prix.
Ils dépendent aussi d’un cadre juridique, d’un fournisseur, d’un pays d’origine, de décisions politiques et de conditions d’accès qui peuvent évoluer rapidement.
Ce jour-là, Anthropic, l’un des grands éditeurs mondiaux d’intelligence artificielle, a annoncé avoir reçu une directive du gouvernement américain visant à suspendre l’accès à deux de ses modèles les plus avancés, Fable 5 et Mythos 5, pour les ressortissants étrangers. Dans l’impossibilité de segmenter ses utilisateurs en temps réel avec suffisamment de certitude, l’entreprise a désactivé l’accès à ces modèles pour l’ensemble de ses clients.
Pour beaucoup d’entreprises, l’événement peut sembler éloigné. Il concerne un éditeur d’IA, une décision américaine et des modèles très avancés.
Pourtant, il pose une question très concrète : que se passe-t-il si un outil devenu important dans votre organisation n’est plus accessible du jour au lendemain ?
Un signal faible devenu très concret
Depuis plusieurs années, les entreprises intègrent progressivement l’intelligence artificielle dans leurs usages quotidiens : rédaction, synthèse documentaire, support client, développement, analyse de données, automatisation de tâches internes, aide à la décision.
Dans beaucoup de cas, ces outils restent encore périphériques. Mais dans d’autres, ils commencent déjà à s’intégrer dans des processus métiers réels.
C’est précisément à ce moment que la question de la dépendance devient importante.
Un outil SaaS n’est jamais seulement “un logiciel en ligne”. C’est aussi un contrat, une infrastructure, un éditeur, un cadre légal, une politique de sécurité, des conditions d’accès et parfois une exposition à des décisions prises hors du périmètre de l’entreprise.
L’événement du 12 juin ne signifie pas qu’il faut arrêter d’utiliser l’IA. Il ne signifie pas non plus qu’il faut rejeter les solutions américaines ou internationales. Ce serait une lecture trop simple.
Il rappelle surtout qu’un outil numérique critique doit être évalué comme un élément de votre continuité opérationnelle.
La dépendance numérique n’est pas toujours visible
Dans une PME, une dépendance informatique est généralement facile à identifier lorsqu’elle concerne un serveur, une connexion Internet, un ERP, une solution de sauvegarde ou une messagerie.
Elle est beaucoup moins visible lorsqu’elle concerne un service cloud, une API, un assistant IA ou un outil utilisé par quelques collaborateurs avant de devenir progressivement indispensable.
C’est souvent ainsi que les dépendances se construisent : par usage, par confort, par efficacité.
Un collaborateur commence à utiliser un outil pour gagner du temps. Puis une équipe l’adopte. Ensuite, des documents, des procédures ou des habitudes de travail se construisent autour de cet outil. À partir de ce moment, son indisponibilité n’est plus un simple inconfort. Elle peut devenir un vrai point de friction opérationnel.
La bonne question n’est donc pas : “Faut-il utiliser ou ne pas utiliser l’IA ?”
La bonne question est plutôt : “Quels usages sont devenus importants, et avons-nous prévu ce qui se passe si l’accès change, se dégrade ou disparaît ?”
Trois questions à poser avant de déployer un outil IA ou SaaS
Chez Uniwan, nous recommandons d’intégrer cette réflexion dans la sélection des outils numériques, en particulier lorsqu’ils touchent à des données sensibles, à des processus métiers ou à la productivité de plusieurs équipes.
Trois questions simples permettent déjà de mieux cadrer le risque.
1. Quel droit s’applique au service ?
Le pays d’origine de l’éditeur, sa structure juridique et les réglementations auxquelles il est soumis peuvent avoir un impact sur l’accès au service.
Ce point ne concerne pas uniquement les données. Il peut aussi concerner l’usage même d’une technologie, notamment lorsque celle-ci est considérée comme sensible ou stratégique.
Ce n’est pas un sujet théorique réservé aux grandes entreprises. Les PME utilisent les mêmes outils cloud, les mêmes suites collaboratives et de plus en plus les mêmes assistants IA que les grands groupes.
2. Où les données sont-elles hébergées, traitées et administrées ?
L’hébergement en Europe est un critère important, mais il ne suffit pas toujours à lui seul.
Il faut aussi regarder qui contrôle le service, qui peut techniquement y accéder, quelles entités juridiques interviennent, quelles clauses contractuelles s’appliquent et quelles garanties sont réellement disponibles.
La souveraineté numérique ne se résume pas à l’emplacement d’un serveur. Elle concerne aussi la gouvernance, l’exploitation, les accès, le support, les dépendances techniques et les obligations légales du fournisseur.
3. Quel est le plan de continuité si l’outil devient indisponible ?
C’est souvent la question la plus utile.
Si un outil disparaît demain, même temporairement, que se passe-t-il ?
L’entreprise peut-elle continuer à travailler ? Existe-t-il une alternative ? Les données sont-elles exportables ? Les utilisateurs savent-ils quoi faire ? Le processus dépend-il d’une seule plateforme ? L’outil est-il documenté dans l’inventaire IT ?
Pour les outils réellement critiques, cette réflexion devrait faire partie de la gouvernance informatique de base, au même titre que les sauvegardes, la cybersécurité, les accès utilisateurs ou la supervision.
Souveraineté ne veut pas dire isolement
Le sujet de la souveraineté numérique est parfois abordé de manière trop radicale. Dans la réalité des entreprises, les choses sont plus nuancées.
La majorité des environnements informatiques reposent aujourd’hui sur des briques internationales : postes de travail, messagerie, outils collaboratifs, cloud, sécurité, téléphonie, sauvegarde, supervision.
Ces choix ont souvent été faits pour de bonnes raisons : maturité des solutions, compatibilité, productivité, disponibilité, support, intégration avec les usages métiers.
Il ne s’agit donc pas de tout remettre en cause du jour au lendemain. Ce serait irréaliste, coûteux et parfois contre-productif.
L’enjeu est plutôt de retrouver de la visibilité.
Quelles dépendances sont acceptables ? Lesquelles sont critiques ? Où faut-il prévoir une alternative ? Quand faut-il privilégier une solution européenne ? Est-il nécessaire de renforcer les clauses contractuelles ? Où faut-il simplement documenter le risque ?
Une stratégie IT saine ne consiste pas à choisir entre “tout cloud américain” et “tout souverain”. Elle consiste à faire des choix conscients, adaptés à la réalité de l’entreprise.
Notre approche chez Uniwan
Chez Uniwan, nous suivons ces sujets avec attention, parce qu’ils rejoignent directement notre vision de l’IT : une informatique claire, sécurisée, suivie et adaptée aux besoins réels de l’entreprise.
Nous intégrons déjà des solutions souveraines ou européennes lorsque cela a du sens pour nos clients, notamment sur certains sujets liés à la sécurité, à la continuité, à l’hébergement ou à la maîtrise des données.
Mais nous ne défendons pas une approche dogmatique.
Dans beaucoup d’organisations, certaines solutions internationales restent pertinentes. L’objectif n’est pas de remplacer pour remplacer.
L’objectif est d’évaluer, de prioriser et de sécuriser les dépendances qui peuvent avoir un impact sur l’activité.
Cela demande du recul, de la méthode et une bonne compréhension du fonctionnement réel de l’entreprise.
C’est aussi pour cette raison que nous recommandons de ne pas aborder l’IA uniquement comme un sujet d’innovation ou de productivité. L’IA devient progressivement un sujet de gouvernance IT.
Ce que les entreprises peuvent faire dès maintenant
Sans lancer un grand chantier, une entreprise peut déjà avancer de manière pragmatique.
Elle peut commencer par lister les outils IA et SaaS réellement utilisés par ses équipes. Pas uniquement ceux qui sont officiellement validés, mais aussi ceux qui sont entrés par l’usage.
Elle peut ensuite identifier les usages sensibles : données clients, documents internes, code, support, finance, RH, contrats, production de contenu, automatisation de tâches.
Elle peut enfin classer ces outils selon leur criticité : utile, important ou critique.
À partir de là, les décisions deviennent plus simples. Certains outils doivent simplement être encadrés. D’autres nécessitent une alternative. D’autres encore doivent être intégrés dans une réflexion plus large sur la sécurité, la conformité ou la continuité d’activité.
Une conversation à ouvrir maintenant
L’événement Anthropic ne doit pas créer de panique. Mais il serait dommage de le traiter comme une simple actualité technologique.
Il montre que les outils numériques, y compris les plus accessibles, peuvent être affectés par des décisions qui dépassent le cadre technique habituel.
Pour les dirigeants, les responsables IT et les DSI, c’est une invitation à poser les bonnes questions : de quels outils dépendons-nous vraiment ? Avons-nous une vision claire de ces dépendances ? Et sommes-nous capables de continuer à travailler si l’un d’eux devient indisponible ?
Chez Uniwan, nous pouvons vous aider à structurer cette réflexion, à identifier vos dépendances numériques et à construire une approche IT plus lisible, plus sécurisée et plus résiliente.
Pas pour tout remplacer mais pour savoir clairement sur quoi repose votre continuité.
Sources : Communique Anthropic (12 juin 2026) | Time Magazine, 13 juin 2026 | Michael Volkov, Volkov Law Group — « When the Government Pulls the Plug: Anthropic, Export Controls, and the Future of AI Governance » (15 juin 2026). Michael Volkov est ancien procureur fédéral américain et conseiller juridique en chef des commissions judiciaires du Sénat et de la Chambre des représentants. Son cabinet est spécialisé en contrôles à l’exportation, sanctions et compliance.
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